Je te hais…

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Ne m’en veux pas. Je te hais parce que je te jalouse et que ma fatigue ne m’invite pas à prendre du recul alors je te hais. Point. Mais un jour, ça changera. Ou pas.

Je te hais, toi la mère parfaite qui es épanouie dans ton rôle de maman, qui chantonnes de bonheur et t’extasies devant le moindre babillement de ton rejeton, la moindre réussite de ta progéniture. Oui. Je te hais parce que je suis une maman épuisée qui ne supporte plus ne serait-ce que la voix de mon propre enfant. J’arrive encore à accepter de le voir malgré mes poils qui se dressent et mon envie de fuir. Loin et longtemps.

Cet enfant, je l’aime mais je ne le supporte plus. Il est TDAH (Trouble de l’attention avec hyperactivité) et TOP (trouble oppositionnel avec Provocation). Ce n’est pas de sa faute. C’est un trouble. Je ne peux donc pas lui en vouloir de dire non à quasiment toutes mes demandes (hormis celle de manger) du réveil au coucher. Je dois être compréhensive sur le fait qu’il ait constamment besoin de bouger. Je dois contrôler ma frustration lorsque je discute avec mon mari et que ma voix est couverte de ses bruits/cris/hurlements. Je dois pratiquer la respiration abdominale pour ne pas commettre un drame familial lorsqu’il harcèle son frère en l’embêtant et le frappant. Je n’arrive plus à faire une activité, un jeu avec lui. Je n’arrive plus à passer du temps avec lui. Je n’en ai plus le désir ni l’envie. Je ne suis pas la gentille maman bienveillante pratiquant l’éducation positive que je rêvais d’être. Et la sainte culpabilité est là pour me le rappeler, jour et nuit.

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Oui. Je l’aime mais je ne le supporte plus. Il n’est pas fautif de ses troubles. Il en souffre. Mais moi aussi. Et après 6 ans passés dans le bruit, l’agitation, l’opposition, la provocation, je ne tiens plus. Je n’en peux plus. Nous avons fait tout ce qu’il fallait pour l’aider : psychologues, pédopsychiatres, psychomotricienne, adoption de systèmes de gestion du comportement, … Mais rien n’y fait. Le quotidien est devenu difficile, invivable, insupportable. La société passe son temps à me rappeler qu’il est différent des autres. Les remarques de la nounou (très gentille mais qui ne le comprenait pas), des instit’ (hyper compréhensives mais tellement usées), du périscolaire, des animateurs, des parents sont devenus notre quotidien. Et aller le chercher est devenu un enfer. J’appréhende la prochaine réflexion, le prochain jugement. Il souffre. Son frère souffre. Nous souffrons. Et cette souffrance morale, psychologique est devenue insupportable, invivable. Je ne dors plus. Je suis très angoissée. Ça ne peut plus durer.

Notre vie va bientôt changer. Non, il n’a pas 18 ans et ne quitte pas le nid familial mais nous avons décidé de le mettre sous ritalin. Ce médicament, qui agit quelques heures dans la journée, devrait apaiser son agitation et fixer sa concentration. Nous l’avons pourtant toujours refusé. Pour nous, pour moi, c’est un aveu de faiblesse. Le médicament réussirait là où nous avons échoué. Et puis, ce n’est pas anodin. Il y a des effets secondaires qui nous inquiètent (perte d’appétit, insomnies…). Mais surtout, vais-je reconnaître mon fils ? Sera-t-il encore celui que je connais depuis 6 ans ? Va-t-il changer ou va-t-il enfin être lui-même ? Allons-nous redécouvrir un autre enfant ? Du coup, nous avons essayé des alternatives au traitement, notamment comportementales. Mais, ce n’est pas suffisant. A l’école, il commence à décrocher. C’est notre signal. On s’est toujours dit que le jour où ça n’irait pas à l’école, où ses apprentissages seraient en danger, il faudrait envisager la ritalin.

C’est chose faite. Dans 15 jours, nous avons rendez-vous avec la pédopsychiatre pour qu’elle établisse le dosage puis une consultation en milieu hospitalier aura lieu pour que l’on nous délivre l’ordonnance. Je pense que le 1er matin sera particulier, teinté d’appréhension et d’espoir. Ce jour est proche mais tellement lointain. Je suis dans un tel désarroi que je n’arrive pas à le voir avec un œil positif. Je n’arrive pas à me dire que nous pourrons sortir de la maison et avoir une vie un peu plus tranquille, posée.

Voilà. En ce dimanche, pour le moment, je ne le supporte plus. Mais je l’aime. Profondément. Sincèrement. Et toi, mère parfaite, je te hais parce que j’envie tellement ta maternité épanouie, ton temps passé avec ton loulou, ta fierté devant tout ce qu’il accomplit. Je hais le regard que tu poses sur moi lorsque tu vois mon tdah/top remuer, foncer, être brusque avec les autres, se rouler par terre de colère, hurler de rage, faire du bruit, embêter/titiller les autres, … Mais promis, un jour, je serai juste indifférente ! Et même qu’on pourra peut-être discuter. Et peut-être même que je t’apprécierai.

Sans rancune? Allez, bisous!

21 Responses to Je te hais…

  1. An'so dit :

    Tout d’abord je t’envoie une cargaison de bisous et un énorme câlin (ça ne solutionne pas tous les soucis mais ça fait toujours du bien …) <3
    J'espère profondément pour vous que cette prochaine étape avec votre loulou vous apportera un peu d'apaisement et comme je suis une grande optimiste j'en suis d'ores et déjà convaincue <3
    Perso je ne jalouse plus les mères "parfaites" car je me rends compte que sous leur joli vernis il y a aussi des failles et que de vouloir être trop "parfaite" c'est ennuyeux à mourir pour les autres :-p
    Plein de gros bisous encore et courage et soutien pour la suite, mais sache que tu es la meilleure maman que ton loulou puisse avoir, et même si ce n'est pas facile tous les jours garde bien ça en tête <3
    Signé une maman qui te veut du bien (An'so quoi :-p)

    • Celine dit :

      Merci pour ton com’ hyper touchant. J’aime l’optimisme, il donne de l’espoir. Je souhaite vraiment de l’apaisement. On en a besoin. Il le mérite. Merci en tout cas pour ton soutien. A très vite!

  2. Pimp dit :

    N’oublie pas que t’es une maman qui déchire, que vous êtes des parents au top avec Sylou et que vous avez fait tout ce qu’il faut pour votre loulou. Ce traitement ce n’est pas un aveu de faiblesse, ce n’est pas un échec, c’est juste le traitement de son trouble… c’est tout, ça ne va pas le changer, ça ne va pas changer sa personnalité, ça va juste l’aider à mon souffrir et à apaiser le quotidien familial ;-)

    Je vous embrasse fort <3

    • Celine dit :

      Merci Pimp’ pour ton soutien sans faille depuis tous ces mois. Il nous et précieux. C’est vrai que nous avons peur de ce médicament même si nous savons que c’est la solution et qu’il mérite d’aller mieux. Bientôt, ce sera une nouvelle vie pour nous 4. L’occaz de fêter ça autour d’un apéro! ;)

  3. Brennignews dit :

    Je comprends que tu ne te réjouisses pas de cette solution, mais si vous en êtes là c’est parce que vous avez déjà fait tout ce que vous pouviez pour votre fils. Je te fais mille bises et te souhaite du courage, de l’énergie, de la patience. J’imagine que tu n’oses pas mettre trop d’espoir dans ce médicament, j’espère vraiment qu’il apaisera votre fils, et que vous retrouverez tous les quatre la sérénité que vous méritez. En attendant, tu es la meilleure maman pour ton fils, il a une chance incroyable d’être tombé sur toi! :)

    • Celine dit :

      Merci ma belle. On a beaucoup de chance d’être tombé sur toi, sur vous. Merci encore pour ton soutien. Il est précieux. Pour l’espoir, oui et non… les nombreux témoignages montrent que le changement est radical mais aussi que les effets secondaires sont assez désagréables et peuvent amener à un arrêt du traitement. On verra ce que ça donne mais du coup je ne préfère pas trop me projeter pour éviter d’être déçue en cas d’échec.

  4. Stefani dit :

    Je ne serais jamais maman et si j’avais du l’être j’aurais aimé etre une maman comme toi sincèrement. accepter d’être aidée par un médicament n’est pas un signe de faiblesse mais au contraire de courage de vouloir le meilleur pour ton fils peu importe les moyens.
    J’espère fort que cela ira mieux pour tous les 4.
    Des bisous et du courage

    • Celine dit :

      Pfiou. Que dire? Je suis hyper touchée… Tu es quelqu’un de formidable ma Steph. Vraiment. Une très belle personne. N’en doute jamais. J’ai cette chance de te connaître et d’avoir un soutien sans faille de ta part. Entourés par vos bonnes ondes, on ne peut que se sortir de cette situation. Merci. Pour tout.

  5. dreyliciouss dit :

    Je suis mal placée pour dire quoi que ce soit mais je pense que malgré tout, vous gérez très bien et vous êtes de parents qui déchirent !
    Essayer le médicament vu le signal donné à l’école je pense que c’est pas une mauvaise chose.
    En tout cas j’espère que cela vous redonnera de l’espoir et des moments de complicité retrouvés.
    Je vous fais de gros bisous !

    • Celine dit :

      Merci ma belle! J’espère aussi que cela nous redonnera de la complicité. Je me sens frustrée de ne pas réussir à être heureuse dans mon rôle de maman, à appréhender la moindre interaction avec mon fils… Nous saurons vite si le traitement fonctionne. Plein de grosses bises de l’autre côté de l’océan.

  6. Running Stef dit :

    Bon pour le coup étant Papa je ne me sens pas visé :)
    Mais je comprends tes angoisses !
    Madame après une journée de réunions en Anglais a du mal à supporter notre Puce alors qu’elle est juste active comme tout enfant plein de vitalité … et il lui arrive parfois aussi de se mettre à pleurer une fois la Puce couchée se pensant une mauvaise mère.
    Alors j’imagine bien après 6 ans …
    Il faut je pense tout faire pour que votre bonhomme reste dans le « circuit classique » (même si je n’aime pas cette expression), et si ce médicament peut l’aider il n’y a pas à hésiter (d’autant plus que vous avez tout essayer pour l’éviter).
    Je croise les doigts (sauf ceux des pieds car peu pratique pour courir) pour que cela fonctionne

    Plein d’ondes positives pour toi

    Bisous

    • Celine dit :

      Ah la la! Encore un avantage à être papa! ;)
      Pour notre Marvel, c’est surtout socialement que c’est difficile. MAis à l’école il commence à décrocher. Il est intelligent donc il compense avec ça mais jusqu’à quand…
      Je comprends Madame Running Stef. Quand tu as des journées difficiles et qu’il faut gérer les enfants, ce n’est pas toujours facile. Je suis sûre que tu l’épaules du mieux que tu peux.
      Merci pour les doigts croisées, effectivement, ce serrait dommage de tomber pour une histoire d’orteils!
      Merci pour tes ondes positives,
      Bisous (Et peut-être à bientôt sur une course!)

  7. Françoise dit :

    Coucou Céline,

    Je crois qu’une maman parfaite est celle qui aime son enfant et agit au mieux pour lui. Ce petit mot juste pour te dire qu’il y a quelques années j’avais eu l info qu’il existait un équivalent de ce médoc en homéopathie et qu’il agit tout aussi bien. Je ne sais plus le nom…Je vais essayer de me rappeler si tu veux.

    Bises !!!!

  8. Fabrice dit :

    Hello, ton article m’a touché, ému, fait pleurer et je me suis retrouvé dans tes réflexions. En couple et papa d’une fille de 6 ans qui a du mal à trouver sa place dans le collectif et qui exprime son mal être par des tapes à ses camarades. Cela dure depuis la maternelle et cela continue au CP, elle est suivi par une pédo afin de l’aider mais pour l’instant les résultats ne sont pas là.
    Je m’étais imaginé plein de choses avant sa venue mais jamais qu’elle est ce comportement de taper, c’est quelque chose que nous vivons très mal car nous sommes cible de regards, de réflexion à l’école et on a toujours l’impression d’avoir tout louper. Je te raconte pas l’angoisse avant d’aller la chercher ou de l’accompagner à l’école et d’être pris à partie par des parents. T’as toujours l’impression que les autres font beaucoup mieux que toi et à force tu te rabaisses et tu doutes de toi, en clair c’est souvent la loose. J’ai rdv aujourd’hui à 10h30 avec la psychologue scolaire pour faire le point, je te laisse imaginer l’état dans lequel je suis.
    On est souvent amener à prendre des décisions pour eux sans savoir si ce sont les bonnes mais une chose est sure c’est que nous aimons nos enfants plus que tout.
    J’ai trouvé depuis 3 ans dans le run quelque chose qui me fait énormément de bien et qui me vide la tete. Semi, marathon et trail sont mes compagnons.
    Une des choses et pas la plus facile pour nous c’est de rester uni avec ma femme car cela nous occasionne des discussions pas toujours facile. Par contre en dehors de l’école cela se passe bien avec nous donc on se pose la question si ce mode scolaire est adapté.
    je viens de te rejoindre sur Twitter pour continuer nos discussions.
    Je te souhaite plein de bonne choses et je suis de tout cœur avec toi et rassure toi tout le monde doute dans l’éducation de ses enfant.
    A très bientôt, je pars au rdv et je suis en stress total.
    Fabrice.

    • Celine dit :

      Ton com’ me touche aussi. Savoir les autres dans la détresse m’émeut toujours. Tu vis une situation difficile. Je te souhaite beaucoup de courage pour l’affronter. N’hésite pas si tu veux échanger.
      Le run me permet d’affronter d’autres démon. Je n’y trouve pas un moyen de me vider la tête mais j’ai espoir que ça vienne. Nous sommes également très soudés avec Syl. Nous échangeons facilement et pardonnons à l’autre ses humeurs. La solidité du couple est la base de la réussite d’une famille.
      J’espère sincèrement que ton RDV s’est bien passé et que tu as des pistes pour que la situation évolue.
      A bientôt!

  9. Fireasta dit :

    Whaouh…il prend au trippes ton article!!
    je ne peux me mettre à ta place mais en lisant on comprend très bien le paradoxe entre l’amour pour ce petit bonhomme et la colère face à la situation. Vous avez fait de votre mieux jusqu’à maintenant et vous continuerez à le faire. Il ne faut pas voir ce traitement comme un aveu de faiblesse. Certes vous ne vouliez de cette solution au début mais le temps à fait évoluer la situation. Vous êtes au top tous les deux.
    Énorme bisous à vous ;-)

  10. Gwen dit :

    Bon bon bon forcément il est difficile pour moi de me mettre à ta place vu que je n’ai pas d’enfants. Mais cela dit je pense quand même que vous êtes des parents qui déchirent et que vous avez fait le maximum pour ne pas avoir à le mettre sous ritaline…. Ce n’est pas du tout un échec ou un abus de faiblesse que de vouloir le médicament si sa maladie mets en péril sa réussite scolaire je pense que c’est une bonne chose.

    Maintenant on croise les doigts pour que le médicament n’ait pas trop d’effet secondaire sur le loulou et que tout se passe bien.

    Pleins de Bizoux ma belle.

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