Si tu savais…

si tu savais

Si tu savais le vide que tu as laissé en partant…

Si tu savais que je pense à toi quand je suis heureuse et quand je suis triste, quand je ris et quand je pleure.

Si tu savais que je cours en écoutant ta musique pour raviver les images de toi grattant ta guitare, chantant, souriant, vivant.

Si tu savais que je cours souvent près de toi. Je jette un œil en ta direction, au-delà du champ, parce que je pense à toi, beaucoup, souvent mais que je n’arrive pas à venir te voir. Trop douloureux encore.

Si tu savais que pendant mon run, je te parle, encore, toujours. Je te confie mes interrogations et mes doutes. J’imagine tes réponses mêmes si elles ne sont sûrement pas aussi justes que celles que tu aurais eues. Je te parle aussi de choses légères, drôles, d’anecdotes. Parce qu’après tout, la vie a ses bas mais elle a aussi ses hauts. Heureusement.

Si tu savais…

Si tu savais qu’à chaque fois que je regarde un nouveau film, je ne peux m’empêcher de me demander si tu l’aurais aimé. Je pense à toutes les blagues foireuses qu’on aurait pu faire dessus. Dans ces moments, j’entends ton rire. Il réchauffe mon cœur.

137471-vilaine-637x0-1

Si tu savais que je me remémore régulièrement nos derniers moments passés ensemble. Je t’ai fait écouter Paradise circus de Massive Attack, groupe que tu adorais. On a regardé « Vilaine », rit sur le moment où elle met le chat dans la poubelle. Ce rire. Ton rire. On a parlé de l’affiche du film « Gainsbourg, vie héroïque » et de la polémique autour de la présence d’une cigarette sur ladite affiche qui choqua le monde. On a imaginé un western dans lequel le méchant entrerait dans le bar, s’assoirait, commanderait un lait fraise et taxerait des smarties à son voisin. On a imaginé le fameux duel dans la rue principale, déserte. On a remplacé le ballot de paille qui roule par des emballages de kinder bueno et au lieu de dégainer leurs armes pour tirer plus vite que leur ombre, les protagonistes dégaineraient leurs doigts pour une partie de shifumi en trois coups gagnants. Je me souviens de ce fou rire, à en pleurer. C’était 15 jours avant ton départ.

serge-gainsbourg-vie-heroique-2009-2-g

Si tu savais comme je regrette. De ne pas être revenue. De ne pas avoir compris/vu/réalisé/accepté que c’était la fin. De ne pas t’avoir pris dans mes bras. De ne pas t’avoir dit que je t’aime tant qu’il était encore temps.

Si tu savais…

Si tu savais comme ce jour de mars 2010, devant l’hôpital, j’ai hurlé ma douleur de te perdre. De toutes mes forces. J’ai crié mon désespoir. Je me suis effondrée. Mon monde s’est effondré. Tu es parti la nuit suivante.

Si tu savais comme j’ai eu peur de ce moment, partagée entre l’envie de te garder et le devoir de laisser partir.

Si tu savais que cette nuit-là, je suis restée avec maman dans la chambre, à attendre ton départ. Au milieu de la nuit, j’ai entendu sa voix : « Céline, je crois que c’est fini. ». Je me suis précipitée à ton chevet, j’ai pris ta main, encore chaude. Je l’ai sentie se refroidir. Je n’oublierai jamais cette sensation.

Si tu savais comme à ce moment-là, j’étais perdue. Je savais que c’était fini. Et pourtant, je n’arrivais toujours pas à m’y résoudre. Non. Je ne pouvais pas l’accepter. Pas maintenant. Et on avait dit que tu marcherais avant ton petit fils. Tu avais encore un peu de temps. Il avait 8 mois. Je ne comprenais pas. J’étais en colère. J’avais tellement mal. Les papas sont immortels. Les héros ne meurent jamais.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Si tu savais…

Si tu savais que je pense à toi dès que j’ouvre les yeux et que ton image ne m’accompagne jusqu’à ce que je les referme. Parfois même, on se retrouve dans mes rêves, seul moyen pour moi d’être avec toi, de te voir vivre, bouger, d’entendre ta voix. Est-ce vraiment ta voix ? Est-ce que je me souviens encore d’elle ?

Si tu savais à quel point j’aimerais faire mon deuil. Accepter ta mort. Pour ça, il faut que je sois disponible. Tu le sais, avec l’hyperactivité de ton petit-fils, je ne le suis pas. Je dois d’abord m’occuper de lui. Bientôt peut-être ? Je l’espère.

En attendant, je pense souvent à toi. Les morts ne reviennent pas alors je fais tout pour que nos souvenirs communs ne s’évanouissent pas.

Si tu savais…

Si tu savais à quel point je suis bien entourée. D’amis formidables. De bienveillance constante. De réconfort sincère.

20150412_164647

Si tu savais la chance que j’ai d’avoir trouvé un homme exceptionnel, solide comme un roc, courageux, aimant, attentionné.

Si tu savais le soutien qu’il m’apporte au quotidien et le sourire qu’il m’arrache à travers mes larmes.

Si tu savais comme je l’aime, de tout mon cœur, de toutes mes forces. Si l’âme sœur existe, alors je l’ai trouvée.

Si tu savais à quel point il me rend heureuse.

Si tu savais…

Si tu savais comme toi aussi je t’aime.

Mais tu sais déjà tout ça. Tu es là. Quelque part. Tu veilles sur moi. Tu me protèges. Je me raccroche à ça. Envoie-moi un p’tit signe temps en temps, ça fait toujours plaisir.

Je t’embrasse tendrement,

Cé.

16 Responses to Si tu savais…

  1. Gwen dit :

    Coeur avec les doigts. Des bizoux ma belle.

  2. Fireasta dit :

    J’aimerais laisser un commentaire mais je ne sais même pas quoi dire….

  3. Pimp dit :

    ton texte est magnifique, il m’a émue aux larmes… Je suis sûre qu’il sait et qu’il est fier de toi <3
    je t'embrasse ma belle

  4. Dreyliciouss dit :

    Je pense que ton texte parle à tout le monde. On a tous perdu quelqu’un dont l’absence est tellement douloureuse…
    Difficile de commenter après ca…. Tout ce que je peux faire c’est un bisou et un câlin virtuel…

  5. Gwendoline dit :

    Ouai je sais pour le coeur avec les doigts c’était pour te faire sourire!!!!
    Des bizoux

  6. Steph dit :

    Tres belle parole, qui donne envie la meme a 1h du mat de prendre son tel et d appeler ceux qu on aime pr leur dire. Merci a toi de ton partage

  7. Xavier dit :

    Encore une fois, tu nous fais partager tant de choses… tu arrives à faire remonter des émotions les plus enfouies !
    C’est toujours dur de faire son deuil…
    Je t’envois plein de courage!
    Des bisous ma Cé!

  8. David dit :

    Des bisous, de l’affection pour ce billet et pour un tweet que j’ai vu passer aujourd’hui. Bises.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>