Il y a 10 ans…

coucher de soleil

Il y a 10 ans, nous passions un été froid et pluvieux dans le Verdon. Sur les conseils de mes parents, nous avions migré dans le Var. Nous bullions à la piscine, regardions les vagues méditerranéennes, mangions au restaurant, dormions profondément, bercés par le doux bruit de l’autoroute et de la voie ferrée.

Il y a 10 ans, j’ai perdu mon insouciance.

Il y a 10 ans, on est venu me chercher : ma mère essaye de me joindre. Il est arrivé quelque chose à mon père. Quelques instants plus tard, elle annonçait de sa voix calme ces quelques mots « Ma Puce, ton père a fait un AVC hier soir. Il a fait une hémorragie dans la nuit. Il est dans le coma en réanimation. Il faut que tu remontes. » A.V.C… les lettres résonnaient dans ma tête. Hémorragie, coma, réanimation, les mots me heurtaient, s’entrechoquaient, me dévastaient, détruisant les fondations solides de ma vie. Remonter. Vite. Je ne pensais pas un jour prononcer la phrase suivante, celle que l’on entend dans les films dramatiques et qui présage des moments sombres : « Il me faut un billet pour le prochain vol à destination de Paris. »

Il y a 10 ans, je mettais, pour la 1ère fois, les pieds dans un service de réanimation. J’y découvrais le bruit des machines qui surveillent les malades et celui de celles qui les maintiennent en vie, encore comme dans les films.

Il y a 10 ans, je me laissais porter par les paroles réconfortantes des infirmières

Il y a 10 ans, ma mère, mon frère et moi parlions d’une hypothétique décision. Il nous a toujours fait savoir qu’il refuserait de vivre dans un état végétatif. Cette discussion devait avoir lieu car peut-être qu’un choix devrait être fait dans les jours à venir. Toujours comme dans les films.

Il y a 10 ans, ce n’était pas un film mais la réalité. Froide. Brutale. Effrayante.

Il y a 10 ans, je pleurais. Beaucoup. D’abord devant l’incertitude de la survie de mon père, ensuite devant l’incertitude de sa vie. Les jours suivants ont été terribles, les mois qui ont passés ont été douloureux, les années qui s’écoulaient étaient aussi éprouvantes les unes que les autres.

Il y a 10 ans, j’allais le voir tous les jours. Je le veillais plusieurs heures durant jusqu’à son réveil. Son réveil… Tant attendu. Tant redouté aussi. Il ne pouvait pas parler. Son pronostic vital était toujours engagé.

Il y a 10 ans, ma famille vivait le dernier jour du reste de sa vie. Il y a, dans nos vies à tous, des moments clés sur lesquels on s’appuie pour dater les événements. Chez nous, il y a eu l’avant AVC et l’après AVC.

Il y a 10 ans, mon père commençait un long combat pour la vie, très lourdement handicapé, mais déterminé, courageux, tenace, combatif.

Il y a 10 ans, je faisais le deuil d’un père qui ne serait plus jamais comme avant. Je n’ai pas eu le temps de le faire. Quelques années plus tard, arrivait le moment du deuil du père que je n’avais plus.

Et maintenant? J’évacue le traumatisme, le choc, la violence. Petit à petit, j’accepte, j’avance. Ce n’est pas facile tous les jours mais je garde en héritage sa force et son courage. Je m’en nourris, je m’en imprègne et j’essaye d’en être la plus digne possible.

coeur arbre

6 Responses to Il y a 10 ans…

  1. dreyliciouss dit :

    Sacrés moments que tu as vécus…
    La vie nous fait voir des choses dont on se passerait bien c’est certain ! Elle nous fait peur et nous rend triste mais bien souvent on n’a pas le choix 
    Je t’envoie tout le courage que je peux ma belle. J’espère que tu arriveras à trouver une certaine sérénité… Je te fais des bisous

    • dit :

      Merci Audrey. J’ai comme l’impression que je commence à l’avoir cette sérénité. Elle s’invite doucement dans ma vie. Parfois elle repart mais mon défi de cette année est de la retenir, de la garder le plus longtemps possible. Plein de bisous ma belle.

  2. Stefani dit :

    Il y a des moments qu’on oublie pas et qui nous rendent plus fort. Ton papa est là, il veille sur toi. Je ne le connaissais pas mais il est assurément fière de sa fille, de ce que tu accomplies, ce que tu accomplieras, de ta force (oui oui tu es forte), de ton courage (et encore plein de trucs mais j’ai peur pour tes chevilles ;)).
    J’avais 6 ans quand tout a basculé. Et tout ce dont tu parles, je le revoies encore. On ne doit pas oublier. Ça doit nous permettr me d’avancer.
    Pleins d’ondes positives ma belle
    Bisous

    • dit :

      Je ne savais pas pour toi. Tu te confies peu. On en parler autour d’un thé/chocolat/surtout pas de café?
      Je t’envoie plein d’ondes aussi. Bisous bisous.

  3. Claire dit :

    Tes articles sont toujours aussi émouvants – Tu sais que nous avons véçu ces durs moments « de loin certes » mais n’oublie pas que nous serons toujours là pour TOI – bizoux à toi TRES CHERE

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